Les boucs-émissaires

5 janvier 2012
Centre islamique de l’Outaouais

Construit en 2008 à partir des économies personnelles de ses cinq cents membres, le Centre islamique de l’Outaouais est un édifice de trois étages situé dans un quartier résidentiel de Hull, à quelques rues de l’Université du Québec en Outaouais.

Vers 1h30 dans la nuit de dimanche à lundi dernier, des vitres de la mosquée du centre ont été fracassées. Il s’agit du troisième acte de vandalisme en cinq mois. Toutefois, cette fois-ci, le coupable — capté par une caméra de surveillance — s’en est pris également à deux voitures dans le stationnement (à gauche de la photo) dont il a fracassé les vitres avant de tenter d’y mettre le feu. Le tout a duré près d’une heure. Les voisins n’ont rien vu et n’ont rien entendu.

À mon avis, il n’y a pas de place dans ce pays pour les actes haineux dirigés contre une minorité religieuse, peu importe laquelle. Le Canada est un pays libre et doit le demeurer.

J’entends parfois des collègues de travail me dire : « Oui, mais quand on va dans leurs pays (d’origine), on est bien obligé de se plier à leurs coutumes : pourquoi ils ne se soumettent pas aux nôtres ? »

Ma réponse est toujours la même : « Depuis quand ces pays servent de modèles au Canada ? Voulons-nous vraiment devenir un pays intolérant simplement parce qu’on accepte ici des gens qui proviennent de pays qui le sont ? »

Pour les citoyens canadiens qui sont croyants, édifier des églises, s’y réunir pour prier a toujours fait partie des coutumes authentiques du Canada. Alors les musulmans qui élèvent des mosquées et qui y prient observent scrupuleusement les coutumes canadiennes. Sauf que Dieu, ils l’appellent Allah : grooooosse différence !

Quand à ceux qui font l’association entre « terroristes » et « Musulmans », je leur rappelle que les membres du Ku Klux Klan étaient tous des terroristes blancs et chrétiens. Or cela ne fait pas de moi un terroriste parce que je suis blanc et d’éducation chrétienne comme eux. La même chose est vraie pour les Musulmans.

Par contre, ceux qui tentent d’intimider les minorités religieuses et qui saccagent leurs biens sont clairement des terroristes et devraient être poursuivis devant les tribunaux comme tels.

Photo : © 2011 — Google

Référence :
La mosquée de Gatineau encore vandalisée

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
Impopularité d’Al-Qaïda chez les Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Nourriture halal : controverses futiles


Arabes vs Musulmans

16 février 2011

Être Arabe, ce n’est pas une question de religion, ni de race : c’est une question de langue. Toute personne dont la langue maternelle ou dont la langue principale est l’arabe, se définit comme un Arabe.

De manière analogue, les pays dont la langue officielle est l’arabe (en vert foncé sur la carte ci-dessus) et ceux dont l’arabe est une des langues officielles (en vert pâle) constituent les pays arabes.

© 2008 — Keteracel (pour Wikipedia)

En Turquie, on parle le turc : ce n’est donc pas un pays arabe, malgré le fait que la très grande majorité de sa population soit musulmane. Alors qu’on parle arabe en Irak, ce n’est pas le cas en Iran. Dans celui-ci, on parle perse : l’Iran n’est donc pas un pays arabe non plus.

À l’est de l’Iran se trouve l’Afghanistan. Ce pays n’est pas un pays arabe puisque les Afghans parlent l’afghan. Cette langue correspond au perse classique alors que la langue perse moderne, celle parlée en Iran, est truffée de très nombreux mots étrangers dont celui pour dire merci et qui se prononce : « merci » (exactement comme en français).

Tous les pays arabes sont musulmans. Mais l’inverse n’est pas vrai. De nombreux pays sont musulmans sans qu’on y parle l’arabe. En plus de la Turquie, de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan, c’est notamment le cas de l’Indonésie.

Au total, l’Islam comptait 1,57 milliards de fidèles en 2009. Dans la carte ci-dessous, en vert sont représentés les pays à majorité sunnite, et en brun ceux à majorité chiite.

© 2010 — MacedonianBoy (pour Wikipedia)

Dans une vingtaine d’années, alors que cette planète sera partagée entre deux clans rivaux (pays occidentaux vs Chine), l’immense population musulmane pourrait très bien jouer un rôle déterminant. Si tel est le cas, de quel côté penchera-t-elle ?

Compléments de lecture :
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Impopularité d’Al-Qaïda chez les Musulmans

9 février 2011

Lorsque je repense aux attentats du 11 septembre 2001, trois images me reviennent à l’esprit. Premièrement, le moment précis où un deuxième avion percute une tour du World Trade Center de New York et grave son profil dans l’immeuble. Deuxièmement, l’air abruti de G.W. Bush à qui on vient de souffler à l’oreille : «  Sir, America is under attack » et qui reste là, pétrifié pendant un long moment, devant cette classe d’élèves de Floride. Et la dernière image, c’est l’explosion de joie de Palestiniens des territoires occupés en apprenant la nouvelle.

À l’époque, je ne savais pas dans quelle mesure le sentiment de ces Palestiniens était partagé par l’ensemble des Arabes. Mais présentées en boucle par toutes les chaines d’information de la planète, ces images sont maintenant gravées dans la mémoire de ceux qui les ont vues et symbolisent respectivement l’attaque, l’Amérique stupéfaite et les Arabes triomphants.

On présume que ce jour-là, Oussama Bin Laden cristallisait tout le ressentiment envers les États-Unis. Mais une décennie plus tard, qu’en est-il de la popularité d’Al-Qaïda dans le monde arabe ?

J’ai déjà abordé cette question dans un billet publié il y a quelques jours. Voici les chiffres.

Le Pew Research Center (PRC) est un organisme américain sans but lucratif créé en 1948 par le fondateur de la Sun Oil Company, Joseph-N. Pew, et son épouse Mary Anderson-Pew. Le Centre a effectué divers sondages qui permettent de suivre l’évolution des mentalités dans les pays musulmans.


Pourcentages d’appui aux attentats-suicides en 2002 et 2009

 
Le cas du Pakistan est intéressant puisque c’est le pays où se cache probablement Bin Laden. Le sondage de la PRC reflète surtout l’opinion des Pakistanais urbains. Tout comme les Talibans, les Pakistanais sont partisans de punitions jugées excessives en Occident.


Appuyez-vous les punitions suivantes ?

  Oui Non ?  
Adultères lapidés 83% 8% 9%
Voleurs fouettés ou amputés d’une main 80% 12% 9%
Peine de mort pour apostasie 71% 13% 16%


 
Malgré la similitude des mentalités, les Pakistanais sont devenus en 2009 majoritairement opposés à Al-Qaïda et aux les Talibans.


Appuyez-vous Al-Qaïda et les Talibans ?

    2008       2009  
  Oui Non ?     Oui Non ?  
Al-Qaïda 25% 34% 41%   9% 61% 30%
Talibans 27% 33% 40%   10% 70% 20%


 
De manière générale, c’est en Palestine que Bin Laden est demeuré populaire. Il est à noter que le PRC n’a pas publié de données relatives à l’Afghanistan, à l’Arabie Saoudite et au Soudan (trois pays où Al-Qaïda compte de très nombreux partisans).


Avez-vous confiance en Oussama Bin Laden ?

  Oui Non
Égypte 23% 68% 9%
Indonésie 24% 53% 23%
Jordanie 28% 61% 11%
Liban 2% 98% 0%
Nigéria 54% 39% 7%
Palestine 51% 47% 2%
Turquie 3% 77% 20%


 
Qu’est-ce qui explique ce déclin de la popularité d’Al-Qaïda parmi les Musulmans ? Ils ont simplement réalisé que depuis des années, ce sont eux les principales des victimes d’Al-Qaïda.

En effet, depuis les attentats du métro de Londres, le 7 juillet 2005, toutes les tentatives d’attentats en Occident d’Al-Qaïda ont échoué, parfois à la dernière minute. Si bien qu’entretemps, ses revenus servent principalement à tuer d’autres Musulmans.

Références :
Confidence in Obama Lifts U.S. Image Around the World
Mixed Views of Hamas and Hezbollah in Largely Muslim Nations
Pakistani Public Opinion

Compléments de lecture :
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Les Musulmans et Al-Qaïda

20 janvier 2011

Avant propos : Dans le cadre de la discussion relative à une vidéo de propagande sur YouTube « prouvant » que le Président Obama est musulman, j’ai rédigé le bref message suivant (en anglais) :

« Est-ce que les États-Unis sont en guerre contre les Musulmans (1,5 milliards de personnes) ou contre Al-Qaïda ? Si les bigots du Parti républicain ne peuvent faire la différence entre les deux et continuent de prêcher l’intolérance contre les Musulmans, votre pays pourrait bien avoir à se chercher des amis lorsque la Chine sera la première puissance de la planète. »

À la suite de ce message, quelqu’un m’invitait par courriel à préciser mon opinion. On trouvera ci-après la traduction française de ma réponse. Il est à noter que la première moitié du texte explique la rage antimusulmane des participants américains à la discussion relative à la vidéo.


Le racisme viscéral du sud des États-Unis

Historiquement, le sud des États-Unis était pauvre, peu instruit, religieux et rural. Il était renommé pour sa violence raciale dirigée contre les Noirs et pour sa religiosité. Les personnes qui y habitaient, y menaient une existence rude destinée à assurer leur subsistance.

Depuis, un grand nombre d’entreprises de haute technologie ou reliées au complexe militaro-industriel s’y sont établies. Si bien qu’aujourd’hui, les États du sud rivalisent de prospérité avec ceux du nord de ce pays.

Toutefois, les mentalités n’ont pas évolué. La bigoterie et l’intolérance se rencontrent encore aussi couramment.

La violence, idéalisée dans le cinéma américain et les jeux vidéos, y est endémique. Par exemple, le taux d’homicides en Floride est le triple de la moyenne américaine, qui est lui-même le triple de la moyenne européenne.

Plus de 15 millions de personnes, principalement au sud des États-Unis, croient au créationnisme et s’opposent à l’enseignement scolaire de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin (jugée contraire à la Bible).

Même si le Klu Klux Klan n’y fait plus semer la terreur, cette organisation terroriste américaine a toujours la sympathie de plusieurs Sudistes (comme en témoignent les messages racistes au sujet de la vidéo en question).

Ils ne connaissent presque rien du monde à l’extérieur des États-Unis et un grand nombre de jeunes adultes ont de la difficulté à épeler l’anglais correctement.

C’est la clientèle idéale pour la machine de propagande du Parti républicain. Celle-ci pratique le lavage des cerveaux avec succès, réussissant à faire croire aux Américains des choses aussi stupides que :

  • Saddam Hussain possédait des armes de destruction massive,
  • il est impossible que G.W. Bush ait menti relativement aux véritables raisons de la guerre contre l’Irak puisqu’un « born-again Christian » comme lui ne ment jamais,
  • plus on baisse les impôts des riches, plus l’économie prospère (ils suffit de regarder l’état actuel de l’économie américain pour juger de la stupidité de cette idée)
  • le monde déteste les États-Unis, donc les Américains sont justifiés de détester tout le monde.

Jésus de Nazareth a dit que lorsqu’on vous frappe sur une joue, présenter l’autre. Son message de tolérance est déformé par des prédicateurs qui, en son Nom, citent des extraits de l’Ancien testament pour propager la haine et l’intolérance. Tout comme Al-Qaïda déforme le Coran en faisait de ce Document une arme de haine.

Le déclin de la sympathie pour Al-Qaïda

Aux États-Unis, presque personne n’est conscient qu’Al-Qaïda a été marginalisé — non pas par les bombes américaines — mais plutôt par les Musulmans eux-mêmes. En effet, ceux-ci ont réalisé que la plupart des victimes d’Al-Qaïda, depuis des années, sont des Musulmans et non des Américains ou des Juifs.

La plupart des combattants d’Al-Qaïda en Irak sont des étrangers en provenance d’Arabie Saoudite. Pourquoi ? Parce que l’organisation terroriste peine à recruter des gens en Irak : elle doit importer ses combattants d’Arabie, où Bin Laden demeure très populaire.

Au Pakistan, le chef des opérations d’Al-Qaïda, Osama Hamoud al-Shehri, est saoudien et non pakistanais.

Les organisations terroristes dont les membres ne sont pas saoudiens sont simplement « affiliées » à Al-Qaïda plutôt que d’en faire partie intégralement parce que Bin Laden s’en méfie, craignant qu’elles ne soient infiltrées d’espions américains.

Depuis les attentats du métro de Londres, le 7 juillet 2005, toutes les tentatives d’attentats en Occident d’Al-Qaïda ont échoué, parfois à la dernière minute. Si bien qu’entretemps, ses revenus servent principalement à tuer d’autres Musulmans.

Ses hommes expérimentés ne parvenant pas à franchir la muraille de sécurité dressée afin de protéger les pays occidentaux, Al-Qaîda doit se rabattre depuis quelques temps sur de jeunes recrues, nées en Occident, qui savent à peine manier les explosifs et qui, ayant échoué et ayant été capturées, fragilisent encore plus l’organisation par leurs révélations.

Jean-Pierre Filieu, un des plus grands spécialistes français de l’islamisme, dresse déjà le post mortem d’Al-Qaîda et soutient que ce sont les Musulmans eux-mêmes qui ont eu raison de l’organisation de Bin Laden.

Bref, voir dans chaque Musulman un partisan d’Al-Qaïda, prêt à contribuer à la destruction de la Civilisation occidentale, c’est profondément mal connaître le monde actuel.

Référence : Filieu JP, Al-Qaîda – c’est fini, La Revue, 2010;6:32-47.


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