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À l’aide d’un prisme, on peut décomposer la lumière visible du soleil : cela donne un spectre presque continu qui va du rouge au violet.
Mais ce prisme fait plus que cela ; il extrait aussi des rayons invisibles à nos yeux. Au delà du violet, ce sont les rayons ultraviolets. À l’extrémité opposée, ce sont les rayons infrarouges. Ces derniers représentent près de la moitié de l’énergie émise par le soleil.
D’habitude, les appareils-photo sont dotés d’un filtre qui bloque la presque totalité des rayons infrarouges afin de capter des images conformes à ce que nos yeux perçoivent.
Dans l’image ci-dessus, on aperçoit la même scène, captée à gauche par un appareil-photo conventionnel, et à droite, par un appareil infrarouge. Dans ce dernier cas, on voit que la végétation réfléchit beaucoup de lumière. Si ces rayons n’étaient pas bloqués par un filtre, le feuillage serait trop pâle dans l’image à gauche.
L’équipement
Il y a deux moyens de photographier le rayonnement infrarouge.
Premièrement, on peut visser sur l’objectif une lentille qui bloque la lumière visible mais laisse passer les rayons infrarouges. Ces derniers seront à leur tour bloqués presque totalement par le filtre anti-IR à l’intérieur de l’appareil lui-même. On comptera ainsi sur la faible partie des rayons infrarouges qui auront réussi à se rendre jusqu’au capteur. On aura donc besoin d’un temps d’exposition extrêmement long, ce qui nécessite un trépied et des sujets immobiles.
Les premiers appareils-photo numériques étaient dotés de filtres anti-IR moins efficaces que ceux qui équipent les appareils d’aujourd’hui ; ils laissaient donc passer plus de rayonnement infrarouge. Si vous avez dans un placard un vieil appareil numérique inutilisé, vous pourriez le doter d’un filtre infrarouge (pour moins de 25$ ou 17 euros) et avoir la surprise de constater qu’il prend de meilleures photos infrarouges (en contrepartie de plus de grain) que votre appareil le plus récent.
Le deuxième moyen de prendre des photos infrarouges est plus coûteux mais donne de bien meilleurs résultats. C’est d’utiliser un appareil-photo infrarouge : celui-ci est un appareil conventionnel dont on a retiré le filtre anti-IR pour le remplacer par un filtre qui fait l’inverse, c’est-à-dire qui bloque la lumière visible mais laisse passer les rayons infrarouges.
Plusieurs types de filtres peuvent être utilisés à cette fin. On les distingue par la limite en deçà de laquelle la lumière est bloquée. Par exemple, on parlera d’un filtre de 590 nanomètres, de 665 nanomètres, de 720 nanomètres (les plus populaires) ou de 850 nanomètres (dit à contraste élevé). Puisque la frontière entre la lumière rouge et les rayons infrarouges se situe aux alentours de 750 nm, les deux premiers filtres laissent passer un peu de lumière rouge, alors que les deux derniers bloquent pratiquement complètement la lumière visible.
Puisque les capteurs des appareils-photo numériques cessent d’être sensibles à l’infrarouge au delà de 1300 nm, les photos infrarouges enregistrent donc le rayonnement entre 750 nm et 1300 nm, soit l’infrarouge rapproché.
Mais comment faire la mise au point d’un rayonnement qu’on ne voit pas ? C’est simple. Contrairement à nos yeux (qui ne voient que la lumière visible), les cellules photo-électriques des capteurs sont plus sensibles à l’infrarouge qu’à la lumière visible. Or puisque l’écran arrière des appareils-photo numériques reproduisent ce que le capteur voit, il affichera donc l’image destinée à être enregistrée. De plus, lorsque cet appareil dispose d’un viseur électronique (lui aussi connecté sur le capteur), ce dernier affiche la même image.
On trouvera sur eBay, des appareils-photos infrarouges de très bonne qualité. Leur prix varient généralement entre 200$ et 700$ (140 à 500 euros). Pour une somme de 250$US (180 euros), certains fournisseurs offrent même de transformer l’appareil-photo que vous leur enverrez en appareil infrarouge : c’est donc un excellent moyen de donner une seconde vie à un appareil-photo numérique dépassé.
Le résultat
Strictement parlant, la photographie infrarouge est du domaine de la perception extra-sensorielle : elle permet de voir ce que la vision humaine ne peut capter. Toutefois, l’infrarouge rapproché suit de près la lumière rouge. Par conséquent, la photo infrarouge ne donne pas des images ésotériques, sans rapport avec la réalité, mais plutôt des images étranges. Dans le cas des paysages, on croirait la nature recouverte de givre.
De manière générale, les personnes photographiées en infrarouge ont un air cadavérique. Puisque l’atmosphère est remarquablement transparente aux rayons infrarouges, les paysages sont d’une netteté exceptionnelle, peu affectés par la pollution. Conséquemment, les ciels sont foncés, comme si on avait utilisé un filtre polarisant. À l’opposé, les nuages dispersent les rayons infrarouges et paraissent très pâles. Les plans d’eau sont particulièrement sombres. La végétation est éclatante tandis que les troncs d’arbres sont noirs.
Puisque les lumières fluorescentes (c’est-à-dire les néons) émettent peu de radiation infrarouge, ce type d’éclairage demandera des temps prolongés d’exposition.
Toute substance incandescente (par exemple, une ampoule au tungstène allumée) émet beaucoup de rayons infrarouges. De plus, n’importe quel objet chauffé à plus de 300 degrés Celsius (ou 572 degrés Fahrenheit) émettra des rayons infrarouges même s’il n’est pas incandescent.
Pour vous donner une idée de ce qu’on peut obtenir avec un appareil infrarouge, voici quelques unes des photos que j’ai prises en septembre dernier dans les parcs de Shanghai, à l’aide d’un appareil doté d’un filtre de 720 nm.
Cliquez sur une des imagettes ci-dessous pour l’agrandir
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Détails techniques :
Photo double au début du texte :
À gauche : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/1250 sec. — F/13 — ISO 640 — 14 mm
À droite : Canon Powershot G6 modifié pour faire de la photographie infrarouge— 1/400 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,2 mm
Les 27 imagettes ci-dessus (toutes prises au Canon Powershot G6 modifié) :
1re rangée, à gauche : 1/400 sec. — F/3,5 — ISO 50 — 25,1 mm
1re rangée, au centre : 1/1250 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,2 mm
1re rangée, à droite : 1/50 sec. — F/2,2 — ISO 50 — 7,2 mm
Deuxième, troisième et quatrième rangées : 1/400 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,2 mm
Cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième rangées : 1/400 sec. — F/3,5 — ISO 50 — 7,2 mm (sauf dernière image de la 6e rangée : 1/160 sec., la première de la neuvième rangée : 14,4mm et la dernière de la neuvième rangée : 1/1000 sec. et F/2,0)



























Bonjour, intéressé par la photographie infra-rouge je recherche un fournisseur capable de retirer le filtre IR de mon boitier Réflex, avez-vous des contacts à proposer ? Merci d’avance !
Sur eBay USA (donc en anglais), des artisans américains offrent de transformer à peu près n’importe quel appareil photo en appareil infrarouge et ce, pour la somme de $270 US (plus les frais d’expédition de votre appareil aux USA). Pour accéder à leur offre, cliquez sur ceci.
Ce que font ces artisans, c’est de retirer le filtre anti-infrarouge de votre appareil reflex et le remplacer par un filtre de 720 nanomètres qui fait l’inverse, c’est-à-dire qui bloque la lumière visible mais laisse passer les rayons infrarouges.
C’est un excellent moyen de donner une seconde vie à un appareil photo. Cela donne de biens meilleurs résultats que de visser un filtre IR à l’objectif de votre appareil actuel.
Il est à noter que d’autres fournisseurs offrent d’installer (pour environ $200 US) des filtres qui laissent passent d’avantage de lumière visible. Il se peut que cela vous convienne mais comme je n’ai aucune expérience avec ces appareils, je ne peux pas me prononcer.
En espérant que ces informations vous seront utiles, je vous souhaite bon succès dans vos démarches et autant de plaisir à prendre des photos IR que j’en ai moi-même…
Intéressant! J’ai un Canon Rebel T1i que je serais intéressé à faire transformer. Connaissez-vous un technicien, au Québec, préférablement dans la région de Montréal, capable d’effectuer ce travail? Ou autre, aux USA, que e-bay?
Merci,
http://gilmarcil.wordpress.com/
N’importe quel technicien capable de réparer un appareil photo est sans doute apte à transformer votre appareil. Toutefois, il est probablement préférable de recourir à ceux qui en ont l’habitude, qui sont familiers avec cette procédure, qui ont déjà tous les pièces nécessaires et surtout, qui savent par expérience que certains modèles sont plus aptes que d’autres à subir cette transformation.
La photographie infrarouge est une toute petite niche dans l’industrie de la photo. Les techniciens expérimentés à travers le monde sont sans doute très rares. Je n’en connais pas au Québec. Si vous en trouvez, je serai heureux de publier ses coordonnées ici, dans ce billet.
Pour terminer, je vous souhaite bonne chance avec votre exposition “Espaces et moments choisis”, à Repentigny, du 23 juillet au 21 août 2011 :
http://www.flickr.com/photos/gilmarcil/sets/72157626929019018/
Bonjour,
Je débute moi-même dans la photographie infrarouge et suis étonnée de la vitesse que vous avez choisi pour vos clichés. Mes temps de pause étant aux environs de 5 secondes par temps très clair (avec un filtre 720 mm). Je pense que mon appareil photo numérique (un Lumix d’il y a 2 ans) est équipé d’un filtre anti-infrarouge.
Cherchant très rarement de la netteté dans mes clichés, cela me gêne relativement peu.
C’est avec plaisir que j’ai visionné vos photos.
Effectivement, les appareils modernes sont dotés de filtres anti-infrarouge très performants ; ils ne laissent passer que très peu de rayonnement infrarouge vers le capteur. Lorsqu’en plus, on leur visse une filtre qui fait l’inverse (c’est-à-dire qui bloque la lumière visible), presque plus rien ne se rend au capteur, d’où des images très sombres sur l’écran arrière de l’appareil et des temps d’exposition extrêmement longs.
Mes temps d’exposition très brefs s’expliquent par le fait que le filtre anti-IR interne de mon appareil a été remplacé par un filtre qui bloque la lumière visible au lieu de la lumière infrarouge. Puisque celle-ci représentent à elle seule près de la moitié de l’énergie émise par le soleil, cela donne des temps d’exposition semblables à la prise de photo normale.
Ceci étant dit, dans la mesure où la photographie infrarouge excelle dans les objets inanimés, visser un filtre infrarouge sur un appareil normal donne des résultats intéressants en contrepartie de plus de grain dans l’image et de la nécessité absolue d’utiliser un trépied (alors que toutes mes photos sont prises à main levée).
Je vous remercie pour votre témoignage et vous souhaite beaucoup de plaisir à la découverte du monde fascinant de la photographie infrarouge.